PATRICK RENAUD

Patrick Renaud is a photographer and installation artist. His work transforms the marginal and the overlooked into suggestively eerie scenarios that undermine the very nature of the constructed, the pictoresque and the normative. Most recently in collaboration with Marie Combes, Patrick has begun to investigate what they have termed “unstill images”. Projections produced through photo montage, these works play with ephemerality, living matter and site. Currently, Patrick is working on a new video installation project.

The working title, Manoeuvre, alluding to the intersection between creative and laborous production, unfolds on the site of a neglected factory over a thirty year period. He has documented this rural friche from its initial state of abandon to its final state of vegetal takeover. What follows is Patrick’s statement, a work in progress, an ordering, a virtual scenario that considers the nature of architectural erasure in the landscape.

– Anya Sirota

Scénario Manoeuvre

L’usine abandonnée comme une dépouille retourne au silence des champs. Elle a accueilli sur ses murs des peintures maladroites, enfantines qui racontaient d’autres pays, d’autres animaux, d’autres arbres. Parfois elle dissimule aux regards des amours rapides. Certains viennent, cassent les vitres, ce qu’ils peuvent démolir.
Ça commence souvent ainsi des lieux abandonnés, livrés à une lapidation, à la rage contre l’édifice. L’usine reçoit des coups, elle vibre, resonne de cette haine. Elle garde dans son silence meurtri cette violence qui veut la voir tomber. Qu’elle soit au sol, en tas, effondrée sur elle-même, ce qu’ils veulent c’est l’écrouler, la démolir, chercher ses points faibles pour faire tomber un mur, n’importe quoi, tout est bon pour précipiter sa chute. Pourtant elle n’a jamais été arrogante, juste dressée comme ça au milieu des champs pour le travail. Puis, ils ne sont plus venus, ou rarement, une longue agonie a commencé entre ses ouvertures béantes. La pluie, le vent, le froid qui éclatent les pierres continuent le travail de démolition.

Plus tard, timidement quelques plantes se sont installées parmi ses décombres. Ce fut une colonisation lente, âpre pour ces espèces qui commencent. Mais entre les briques, les tuiles un petit espace suffit à la graine pour pousser. L’usine a accueilli des petits rongeurs, des lézards trouvaient là des cachettes. Des orties, des buddleias ont commencé à pousser. Les oiseaux sont venus. Un début de vie fragile s’est installé. Difficilement bien sûr, certains ont réussi à s’implanter et beaucoup sont morts. Ils ont grandi, se sont développés lentement, très lentement, mais le temps végétal n’est pas celui des hommes. Ils ont fait un manteau de feuillage pour protéger l’usine des fortes chaleurs, en hiver ils se déshabillent et le soleil réchauffe ses vieilles pierres. Parfois des machines viennent jusque-là pour vider leurs citernes. L’usine souffre dans ses fondations de brûlures insupportables, elle sent ces liquides qui s’infiltrent dans le sol, empoisonnent et tuent. Elle sait que tout retournera à la forêt, les arbres finiront par gagner. Ils pousseront dans son squelette, l’envahiront, même là où était son coeur, déjà ses membres épars se couvrent de jeunes pousses.

– Patrick Renaud